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MONARCHIE DE JUILLET
29 août 2016
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NOTRE TEMPS 1939-1940 EN ALSACE
2 septembre 2016

L’ADMINISTRATION FAIT UN PROCES AUX AUTONOMISTES EN ALSACE

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Le subit développement du mouvement autonomiste inquiète le gouvernement. Les mesures de répression vont donc s’enchaîner. Le 13 novembre 1927 les journaux autonomistes les plus représentatifs sont interdits. : la Zukunft, la Volkstimme, et la Wahrheit. Le 1er décembre, Rossé de l’UPR est arrêté. On l’accuse d’avoir réuni des fonds pour essayer de porter atteinte au crédit de l’Etat. Dans une circulaire aux instituteurs de son syndicat, il a en effet invité ses collègues à souscrire très vite à une association corporative de crédit, car « personne. dit-il, ne peut prévoir quelle sera la situation à la fin de cette année ou en 1928 ‘ ‘.

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Cette arrestation est suivie de perquisitions dans la nuit même de Noël 1927 au domicile de certains amis de Rossé et d’un certain nombre d’autonomistes.  » On leur a bien arrange leur petite fête boche « , commente le Journal d’Alsace-Lorraine.

Après la découverte d’un plan d’organisation d’une Schutztruppe établie par Karl Roos (service d’ordre pour assurer la protection des réunions publiques), 25 autres arrestations sont décidées entre janvier et mars 1928, dont celle d’Eugène Ricklin, Marcel Sturmel de l’UPR, Paul Schall et René Hauss, de la Landespartei.

Début février 1928, toujours à la veille des élections, le Conseil Municipal de Haguenau est dissous pour menées autonomistes, alors que les démocrates (assimilationnistes) et les socialistes ont seulement refusé de voter le budget. Le 8 février. Poincaré, le Président de la République, pavoise déjà. En banquetant à Strasbourg avec 559 maires de la Basse-Alsace, il prophétise :  » L’Alsace frémira des infamies qui seront révélées (au procès des autonomistes arrêtés). Elle n ‘admettra plus que des agents suspects préparent sous le voile de l’autonomie la neutralité de V Alsace « .

Mais fin février, le Conseil Municipal dissous d’Haguenau est réélu grâce à l’entente entre le PC et l’UPR. Certains des autonomistes, bien qu’emprisonnés, sont portés candidats aux élections législatives fixées au mois d’avril suivant. C’est le raz-de-marée. Ricklin et Rossé sont élus députés à Altkirch et Colmar.

Le communiste Mourer est élu à Strasbourg II grâce aux voix des catholiques. Meck, de l’UPR, et Dahlet, le radical-autonomiste, l’emportent respectivement à Molsheim et à Saverne, grâce à l’appoint des voix communistes.

Le Procès des autonomistes, lui, s’ouvre à Colmar le 30 avril. Il y a 22 accusés, 15 détenus, dont Ricklin, Hauss, Schall, l’Abbé Fasshauer, Rossé, Heil et Sturmel. Mais plusieurs accusés sont en fuite : Karl Roos, le Dr. Ernst (le directeur de l’Institut des Alsaciens-Lorrains de Francfort), Pink, Ley et Hirtzel. Le Secours Rouge (communiste) fournit une partie des avocats, dont Me Berthou, député PC de Saint-Denis (Seine) et soutient financièrement les accusés et leurs familles.

Les autonomistes sont accusés d’avoir arrêté la résolut::’, d’agir dans le but de détruire ou de changer le gouvernerait • d’exciter les habitants à s’armer contre la République. Or. Cherche à prouver le soutien financier fourni par l’Allemagne-Mais le procès se déroule lentement, sans apporter de grands éclaircissements. Des parlementaires UPR tentent d’expliquer les causes profondes de l’autonomisme alsacien.

Ricklin, Rossé, Schall et Fasshauer sont finalement cor damnés à un an de prison et à cinq années d’interdiction de séjour. Karl Ross est condamné par contumace à 15 ans de prison. Mais tous les autres sont acquittés. Dehors, une fouie nombreuse proteste contre la sévérité du jugement. Elle entonne l’hymne alsacien de l’époque :  » O Strasbourg ! O Strassburg du wunderschône Stadt

En novembre, à l’issue d’un meeting commun entre catholiques et communistes, Karl Roos se livre à la justice. Son procès reprend à Besançon en 1929, où il est acquitté ainsi que tous les autres condamnés.

DE NOUVEAUX SOUBRESAUTS

Les péripéties politiques se poursuivent cependant. Après le procès de Colmar, on assiste même à une véritable recomposition du mouvement autonomiste alsacien. Au sein de l’UPR. L’aile nationale, représentée par le Comte de Leusse, Ober-kirch et Weidmann, tente d’obtenir l’exclusion de Rossé du Comité de direction. Comme elle n’y parvient pas, elle fait scission pour fonder un parti catholique national, approuvé par Mgr Ruch. C’est l’APNA, l’Action Populaire Nationale d’Alsace, favorable au Concordat, au bilinguisme, à l’école confessionnelle, mais opposée à l’autonomisme. A partir de 1933, elle va se rapprocher de la Droite nationale, la Fédération Républicaine, liée au Comité des Forges.

Le Parti Progressiste autonomiste de Camille Dahlet se rap­proche pour sa part de la Landespartei de Karl Roos. Leurs journaux respectifs (la Freie Zeitung et la Volkswille, ancien­nement la Volkstimme) fusionnent pour donner VElz (Els.-Loth. Zeitung).

LA REVELATION D UN MALAISE

Aux élections municipales de 1929, l’entente entre toutes les tendances autonomistes continue de prévaloir. A Colmar, 9 conseillers communistes sont élus aux côtés de 17 conseillers UPR. A Strasbourg, Hueber, du PC, succède à Peirotes, grâce aux voix de l’UPR.

Mais la direction nationale du PC réprouve cette alliance avec les cléricaux. Il exclut donc les élus colmariens, puis les plus connus des militants strasbourgeois : Mourer, Hueber et Schreckler. Résultat : c’est la scission. La grande majorité des sections strasbourgeoises et colmariennes constituent le PC-Opposition, par opposition au PC-Orthodoxe. Elles en demeurent à la tactique communiste antérieure du  » front unique prolétarien  » et dénoncent le manque de démocratie interne d’un parti dont la direction vient d’adopter unilatéralement la nouvelle tactique ‘ ‘ classe contre classe ‘ ‘. Sans renoncer à leur autonomisme, les communistes alsaciens s’affilient à l’Union Internationale de l’Opposition Communiste. Mourer essayera même d’entrer en contact avec un groupe trotskyste français.

Pour leur part, les communistes orthodoxes, très affaiblis régionalement, continuent de revendiquer jusqu’en 1935 « le droit à la libre disposition du peuple d’Alsace-Lorraine jusques et y compris sa séparation d’avec la France », mais refusent catégoriquement toute alliance électorale avec l’UPR.

Progressivement, les communistes oppositionnels vont glisser à droite. Leur journal (die Neue Welt) paraît grâce au soutien financier de l’Abbé Haegy. Et leur cadre d’évolution va être le groupement du Volksfront (le Front du Peuple) regroupant les autonomistes cléricaux de l’UPR, le Parti Progressiste de Dahlet et la Landespartei de Schall et de Roos.

Aux élections législatives de 1932, ce Volksfront remporte 23,9 % des suffrages contre 11,5 % en 1928. L’UPR gagne 5 sièges dans le Haut-Rhin, un dans le Bas-Rhin. Dahlet est réélu à Saverne. Mourer l’emporte à Strasbourg. Au parlement, ces derniers s’inscrivent au groupe des Républicains Indépendants de Gauche.

Mais le nouveau point de rupture coïncide avec la montée du fascisme et le triomphe du national-socialisme en Allemagne, qui se traduisent en Alsace par la recrudescence de l’activisme des groupes fascistes. Cette rupture est sensible en premier lieu au sein du PC. En 1934, Hueber et Mourer excluent l’aile gauche du PC-O, qui dénonçait les cercles de l’Elz (alliés du PC-O) se réclamant ouvertement du fascisme. La même année, le PC-O est exclu du regroupement oppositionnel international, auquel il a adhéré.

Pour le PCF, au contraire, en raison du danger hitlérien, l’avenir de l’Alsace ne peut plus se concevoir désormais que dans le cadre de la France. Le PCF se rapproche donc des socialistes et des radicaux-socialistes. Ensemble, ils mènent des campagnes antifascistes et nouent des coalitions électorales. Colmar se donne ainsi une municipalité radical-socialo-communiste aux élections de 1935. A Mulhouse, la liste socialo-communiste est élue en entier. Mais à Strasbourg, Hueber doit céder son siège de maire au démocrate Charles Frey, soutenu par l’UPR, les socialistes et l’APNA.

Aux élections législatives de 1936 (alors qu’elle triomphe dans le reste du pays) la Gauche accuse un net tassement en Alsace. C’est le prix de son anticléricalisme trop abrupt et de sa condamnation du bilinguisme. Le Volksfront autonomisant remporte cependant 12 sièges sur 16, dont ceux de Rossé et Sturmel pour l’UPR, Dahlet pour le parti progressiste et Mourer et Hueber pour le PC-Opposition.

Mourer et Hueber soutiennent la politique sociale de Léon Blum, mais leur duplicité apparaît bientôt au grand jour. La Neue Welt, leur journal, se met à glorifier le régime nazi qui, par la planification, a fait de l’Allemagne un authentique  » état prolétarien où n’existe plus le chômage « . Il applaudit à Y Anse h-luss et aux accords de Munich, tout en développant des thèmes xénophobes et antisémites.

La Neue Welt finit par fusionner, le 1er avril 1939, avec YElz, l’organe de la Landespartei, désormais ouvertement pro-hitlérien et dont Dahlet s’est séparé dès 1936. En 1940. Hueber, Mourer, Schall et Rossé accepteront de se mettre au service du nazisme.

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